Elle retient son élan
Tente de rejoindre
La seconde cruciale
De la concentration
Qui la propulsera
Avec aisance et amplitude
Par-delà la barre
A franchir du premier coup
Pour ravir la médaille olympique.
La plus belle des finales.
La finale de sa carrière.
Son point d’orgue.
Elle tergiverse
Faiblesse psychologique
Comme dit l’entraîneur
Ou caprice de star ?
Le public trépigne
Attend, le regard suspendu
A cette barre à franchir
Ce qu’ils pensent
Elle n’en a cure.
Elle seule sait l’importance
De cette seconde
De cet instant précis
Où elle se sentira prête
A conjuguer
En un seul et même mouvement
Vitesse de course
Violence de l’impulsion
Précision, maîtrise,
Fluidité du geste
Et cette foi inébranlable
Qui matérialise la tentative
En succès
Cette fêlure dans le temps
Qui amnésie toute perspective d’échec
En un élan qui procède du divin.
Son corps s’ébranle
Ses jambes s’emballent.
Elle est portée.
Ses yeux ne regardent
Qu’en direction de cette hauteur
Réputée infranchissable
Ses jambes s’affolent
Ajustent leur foulée
Pour atteindre ce point précis
Où son instinct lui dicte
De se propulser sans regarder
De bondir, voler
Survoler.
Elle va passer
Elle le sait
Elle le sent.
Sa détente l’arrache à la pesanteur.
Elle s’envole, plane
Retombe, s’enfonce
Dans le tapis spongieux.
Rebondit.
Nulle cellule de son corps n’a senti
Ni frôlé la barre.
Mais pourquoi donc ce silence opaque
Terrifiant
Sans la moindre clameur
La barre va tomber alors ?
Elle attend, attend.
Mais rien ne se passe.
Parfois la barre rebondit
Hésite un peu,
Se stabilise ou chute.
D’où vient cet insoutenable suspens
Qui va faire basculer son destin ?
Elle n’ose pas regarder.
Cache son visage dans ses mains.
Tout ce travail, ces sacrifices.
Tout ça pour rien ?
Une fraction de seconde
Des années d’efforts.
Une barre.
Elle ouvre le yeux
La barre n’a pas bronché.
Le soulagement
L’emporte sur sa joie.
Mais pourquoi ce silence alors ?
Un homme nu, traverse le stade.
Attirant tous les regards ailleurs
Avant que n’éclate la clameur
