Dans la clairière, Muriel a campé sa tente d’Indien. De jolies nattes longent son visage de poupée. Son chemisier s’entrouvre sur une poitrine naissante que caresse avec espièglerie un vent du printemps.
-Je peux entrer ?
La désobéissance, cela s’apprend. Comme par exemple, lorsque sans rien dire à personne, on quitte le jardin où on lisait à l’ombre du figuier, pour filer vers la forêt, sans prévenir ses parents.
-Oui. Mais tu connais le mot de passe ?
-Non.
-Attends, je vais le dire à ton oreille.
Muriel souffle un petit baiser dans l’oreille de François, un autre sur sa joue, et un dernier dans son cou. François blêmit. Elle ajoute en souriant :
-Tu dois me faire ça. A toi maintenant !
De toute son âme, François donne les trois baisers qui lui ouvrent l’accès au Teepee. Mais dès qu’il est entré et qu’il se trouve avec Muriel dans la pénombre de la tente, il ne sait plus que faire d’une grande fille comme elle ! Il ne vont tout de même pas jouer à la poupée. L’embarras le submerge. Pour rompre le silence, il suggère :
-Si on allait promener ?
Muriel est sa voisine. Il savait très bien qu’elle jouait dans la clairière. Il n’avait jamais vraiment pensé à elle auparavant, mais depuis qu’elle a de jolis petits seins qui poussent sous sa chemise, il a envie de la connaître un peu mieux. De tellement la connaître qu’il est sorti de ses livres. On dit que les livres vous apprennent tout. Sans doute ne lit-il pas les bons ouvrages, ceux qui lui apprendraient ce qu’il brûle de savoir. Il voudrait prendre sa main et lui faire encore de nouveaux baisers, mais que dirait-elle ? Alors, il la regarde et lui sourit béatement. Muriel soupire, attend, paraît s’ennuyer.
Pour nier le malaise, fuir cette gêne qui enfle, ils se sont mis à marcher. Tout à coup, ça part, comme une déflagration. François plante un bisou dans le cou de Muriel qui sursaute, le regarde, interloquée, puis s’écrie :
-Mais qu’est-ce qui te prend ? Tu es fou ?
Il la regarde, déconfit. A le voir, elle éclate de rire et ajoute :
-Bon, d’accord. Je veux bien jouer avec toi, mais pour du vrai, alors !
François ne comprend plus très bien. Que veut-elle ? Quelles sont les règles de ce jeu bizarre ? Muriel reprend :
-Moi, je t’aime bien, mais tu dois savoir que j’ai déjà un fiancé, Michel, et il est beaucoup plus beau que toi.
François la fixe, dans une incompréhension totale. Il se sent humilié. Il voudrait s’enfuir. Il ne comprend pas qu’elle veut faire monter les enchères. Il dit, mortifié :
-Je ne savais pas que tu avais un fiancé. Je crois que je vais te laisser. C’est mieux comme ça, alors ! Je suis désolé.
-Non, non, reste encore un peu. Tu n’as plus envie de jouer avec moi ?
Décidément, il ne comprend rien à ces jeux de filles.
-Si, mais mes parents vont s’inquiéter.
François lui fait un petit signe, puis s’éloigne, penaud. Il n’aurait pas dû désobéir. Il sait très bien ce qu’il allait chercher dans cette clairière, mais il s’y est brûlé les ailes. Il est perdu, mais déjà il brûle d’y retourner et d’apprendre à jouer à ce drôle de jeu, ce jeu dont les règles changent au gré du vent…
