LE BALLON

Le petit garçon joue sur la plage. 

Doucement, le bruit des vagues emplit sa tête. 

Un soleil radieux inonde

Sa peau soyeuse enduite de crème. 

Un petit garçon qui ne sait pas

Qu’il touche au bonheur. 

Qui l’entend pourtant,

Dans ce frémissant murmure

Des vagues au loin. 

Le ressent en ses pieds

Dans ce sable tiède.

Géant la mer, pour un petit. 

Soudain, son ballon glisse sur le sable

Lentement, soupiré par le vent.

Le gamin tressaille. 

Son bonheur s’est mis à rouler. 

Si paisiblement que toujours

Il semble vissé à sa main. 

Le petit a tout lâché, sa pelle, son seau. 

S’est mis à courir derrière le ballon.

Son ballon. 

A tout instant, il va le toucher, s’en saisir. 

Et tout va rentrer dans l’ordre, se régler. 

Comme avant. 

Mais toujours la balle roule, roule. 

Lui court, court. 

Ses poumons se mettent à piquer. 

Mais il court, court.

Se coule dans le rythme. 

Ne gagne, ne perd de terrain. 

Sur la gauche, il vient de laisser

Un premier brise-lames.

Personne ne prête attention

A ce gamin.

Aspiré par un ballon jaune.

Pas même ses parents. 

De toute évidence il est loin déjà. 

Sur la plage, une maman a ressenti,

La pointe d’un instant,

Une impression de malaise étrange. 

Une absence. 

Un décor désempli.

Et puis l’horreur.

Le petit ? 

Un homme jeune court à présent. 

Avec le vent. 

Un père halète derrière son fils

Aimanté par un ballon. 

Son fils de quatre ans

Qui a tout jeté derrière. 

S’est porté devant. 

A oublié le troisième brise-lames. 

Peu à peu, derrière le ballon

La course se fait paisible

Cadencée. 

Plus d’angoisse. 

Une nette détermination est née. 

Le ballon, il l’aura. 

Si le vent le permet

Son ballon, il l’aura,

Parce que tant qu’il pourra courir

Il ne va pas lâcher. 

Ne lâchera pas. 

Il a compris

Qu’il ne suffira pas de le suivre.

Il faudra

Le temps d’un instant

Aller plus vite.

Bondir

Aller plus vite encore.

Si vite

Trouver la force

Le second souffle

Se propulser

Bondir

Bloquer

Maintenir.

Bien au-delà

Du 7e brise-lames

Un papa rejoint son gamin

Assis dans cette zone

Que la mer vient de lécher

Où le sable se sèche

Déjà ferme. 

Dans ses bras, le petit

Tient son ballon,

Serré contre son âme. 

Le temps s’est arrêté,

L’espace s’est vidé. 

Il ne sait plus où il est. 

N’y pense même pas. 

Tout est égal. 

Il a son ballon

Retrouvé son bonheur. 

Ne sait pas encore

Qu’il aurait pu le perdre.

S’il avait manqué de force. 

Ou de courage.

Ou s’il avait hésité.  

Et que sa vie entière

Il en ira ainsi.

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire