Chapitre 1
Tout avait commencé lors du réveillon de Noël. Alors qu’il n’était encore que quinze heures et quelques, la déception qui flottait dans l’air depuis le matin venait de se concrétiser sous la forme d’une inarrêtable crachin de Dieu le Père qui coupa net nos rêves de Noël blanc cinématographique.
Vers dix-sept heures trente, enveloppé dans une nappe de brouillard XXL, j’avais démarré ma petite Opel Corsa et j’étais passé chez maman pour la conduire chez Noémie et y passer la « Sainte Nuit » en famille, comme à l’époque.
Chez Noémie, des lumières de toutes les couleurs scintillaient à qui-mieux-mieux autour d’un père Noël occupé à escalader la façade en crépi, tandis qu’un bonhomme de neige solidement obèse se laissait balloter mollement par le vent d’ouest, illuminé de manière intermittente par le clignotement infernal des guirlandes qui ceinturaient la fenêtre. Une fois encore, mon beauf avait mis le paquet, et cela faisait chaud au cœur.
A peine avais-je appuyé sur la sonnette qui carillonnait comme une malade, que l’on put entendre hurler des « tonton » et « mammy » à n’en plus finir, sur fond sonore de la voix de Noémie qui s’époumonait en lâchant des « du calme, du calme ou vous valsez au lit ! »
La porte du living largement ouverte offrait une vue imprenable sur Nicolas, mon excellent beau-frère, statufié dans son canapé et tentant de décrypter son programme télé à travers la fumée de son immense cigare, tout en sirotant un Porto de sous-marque en guise de pré-apéritif, avec le chien Médoc vautré sous le sapin…

