Dès l’impulsion de départ, fulgurante, elle avait cru dévaler vers la fracture. Un à un pourtant, avec une détermination robotique, Nicole se mit à éluder des obstacles, dans un étincelant panache de neige, que son survol métallisé faisait crisser dans son sillage.
Ne pas tomber ! Le slalom déjanté s’emballe plus encore. Un coup à gauche. Un coup à droite, Gauche. Droite. Sec. Saccadé. Mais miraculeusement fluide, onctueux.
Sur cette piste tortueuse, à la déclivité fatale, en dépit de sa fébrilité, Nicole, dans sa descente, a rejoint la perfection, en injure à toute pesanteur.
A tout prix, chasser cette obsession de chute, de membres brisés, d’hôpital ! Ne pas se laisser griser non plus, par ces clameurs délirantes, que sa glisse arrache à l’instantané de son passage. Rester concentrée. Non pas sur l’objectif final, sur chaque obstacle à venir, un par un.
La ligne droite, enfin, s’engouffre vers elle, la happe, comprime l’espace entre la pointe de ses skis et cette fatidique ligne d’arrivée. Ultime coup de rein. Saut de biais. Immobilité.
Meilleur temps.
Pour l’instant.
Nicole a tout donné, pris tous les risques, évité écueils et blessures. A présent, commence le pire : l’attente. Là se trouve la véritable fracture, lorsque le résultat final ne dépend plus de vous, que votre propre destin vous échappe et que le doute s’immisce.

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