Perdu dans la masse obscure de tous ces voyants qui déambulaient les yeux brouillés, Antoine ressentit soudain un picotement, comme un murmure d’étincelle. Sans en percevoir la lueur, il en devinait la teneur, la pressentait fragile, fugace.
Cette injustice originelle qui l’avait, d’entrée, privé de la beauté du ciel, n’avait, il le savait, aucun sens. A quoi bon s’interroger encore et encore, chercher le pourquoi du comment ?
Le dos tourné à tout espoir de lumière, il remerciait la vie pour la qualité de son ouïe, la finesse de son odorat, mais surtout pour son sens tactile, pour les joies de l’épiderme, pour ses mains qui sanctifiaient le corps des femmes, le transportant, au-delà de sa cécité, vers la joie ultime, vers l’éclair fulgurant de celui qui sent l’âme de son aimée exploser, se dissoudre en feu de joie.
Là se nichait le secret de son inexplicable gaîté. Elle se nourrissait de ce désir de chercher en toute chose, l’essentielle beauté, à perte de lumière.
