Dans sa rêverie d’adolescente
Des dizaines de cerfs-volants
S’agitent dans le ciel
En une danse psychédélique.
Ses yeux éberlués
Par tant d’agitation céleste,
Se sont fixés
Sur un point
Si subtilement bleuté,
Qu’il se fond dans l’invisible
A la lisière de l’inexistence.
Captivée par cet étrange ballet
Elle tente de suivre cette étoile
Dans son nébuleux périple.
Qui tantôt disparaît,
Puis resurgit, en égarée
Rescapée du néant.
Au fil de ces voltiges,
L’oiseau volant
A séduit son regard
Et entamé avec elle
Un jeu de cache-cache
Dont la saveur érotique
La picote étrangement
De sensations aussi suaves qu’inédites.
A peine se dévoile-t-il un instant
Que le voilà à nouveau immergé
Dans le bleu éthéré,
La laissant en proie au vif désir
De s’en saisir et d’outrepasser les règles
De cette parade infernale.
Cette fois ça y est
Elle ne le lâchera plus.
Son regard s’est niché à lui,
Elle s’y est ancrée, de toute son âme.
Ce sera le sien,
Elle le fera sien,
Quoi qu’il advienne
Il n’appartiendra à nulle autre.
Mais comment
Dans cet écheveau,
Reconnaître et démêler
Le fil presqu’invisible
Qui le glissera vers elle
Et l’emmêlera à son existence ?
Sa main lisse et sûre
A du premier coup
Effleuré son filet,
L’a fait frémir, tout là-haut, dans le ciel.
Aimanté par une force surnaturelle,
L’instinct en ses doigts, infaillible,
A trouvé le chemin de l’inextricable.
Parce qu’elle est femme.
Parce qu’elle ressent et sait toute chose.
A mesure qu’elle le tire,
Le fait coulisser vers elle,
Ses yeux découvrent, stupéfiés,
Les couleurs qu’il lui déploie.
Ses gestes sont lents,
Infiniment lents,
Pour jouir plus longtemps,
De ce spectacle chatoyant.
Quelle volupté,
Quelle intime jubilation
D’avoir pu distinguer,
Au-delà des agitations fanfaronnes
De la galaxie de gesticulateurs,
Ce petit point d’azur
Et d’avoir suivi son instinct.
Lentement,
A mesure qu’elle tire sur le fil
Elle se l’embobine et l’enroule
En anneau autour de son doigt menu,
Faisant du lien qu’ils ont tissé,
Le symbole infini
De leur amour naissant.
