L’ALPINISTE

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Ses mains s’accrochent

Ses pieds la propulsent. 

Toujours plus haut

Toujours si vite

Elle rajuste sa position

Se hisse. 

Sur la roche, ses mains, ses pieds

Se moquent de la verticalité

Se glissent

Avec la fluidité

D’un danseur de ballet.

Que fait-elle

Agrippée à cette paroi

A dix mètres du sol

A vingt mètres encore

Du sommet ?

Sans cordes

Sans matériel

Avec pour seuls outils

Ses mains

Ses pieds

Et sa tête.

Sa tête ?

Elle n’a pas réfléchi

S’est mise à grimper.

Impossible à présent

De sauter

De descendre. 

Seule issue, grimper, grimper,

Grimper encore

En espérant qu’à chaque étape,

Elle puisse trouver

L’encoche où arrimer ses doigts

Accrocher sa vie

Suspendre son destin.

Sur ce mur de pierre.

Lorsque les doigts s’épuisent

Que les muscles sont à bout

Que les crampes vous calcinent

Lorsque la tension dans la colonne

Se fait insupportable

Le monde s’estompe.

Continuer

Tenter de se hisser

Le plus haut possible

Jusqu’au sommet

Sortir de l’équation fatale

Tomber ou surmonter. 

Ne pas regarder vers le bas

Ne pas lever les yeux au ciel.

D’un regard oblique

Se fixer sur le chemin.

Plus elle s’élève

Plus s’accentue

La certitude de sa mort

En cas de chute.

Ses battements s’accélèrent.

Tout, jusqu’à la dernière seconde

Pourra basculer.

Ne penser à rien.

Gravir.

Sa main tâtonne

Frôle une herbe

Elle tressaille.

Simple renfoncement

Poussière accumulée

Où la nature a repris ses droits.

Ses doigts saignent. 

Déconcentrée

Elle regarde vers le bas

Sa tête se met à tourner.

Aspirée par le vide

Elle va tomber.

Elle tombe

Vole

Va s’écraser.

Se réveille en sueur

Il faut se calmer

Tout va bien

Tout ira bien

Elle a compris

Ne jamais regarder derrière.

Tracer son chemin.

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