Il s’appuie à grand mal
Sur ses bras puissants
Pour s’arracher au sol
Soulever sa masse inerte
Sanguinolente.
Il tente de recharger
Après le quasi-KO
Ce qu’il lui reste de gnaque
Hermétique à sa douleur.
L’arbitre impassible vient d’interrompre
Sur le fil
L’infernale mécanique
Du comptage.
Trouver encore
La force de poursuivre
Puiser dans les ultimes réserves.
Nier cette douleur brûlante
Violente
Abominable
Du sang qui coule de son arcade
Et de son oreille déchiquetée.
A quoi bon subir ce massacre ?
Pour pouvoir se targuer
D’être allé au bout ?
Le public hurle, siffle
Insoutenable tumulte
Relayé dans son crâne
Par le tamtam
Des battements affolés
De son cœur en détresse
Qui secouent son cerveau.
Il émerge d’un brouillard touffu.
Il voit à nouveau.
Ne restera pas aveugle
S’il survit.
En face, l’adversaire
Le fixe étrangement.
N’a plus l’air si réel
A perdu ce rictus arrogant.
Une illusion, sans doute.
Brouillés par le sang,
Ses yeux le piquent ;
Son regard cherche l’appui
Des yeux de l’entraineur
Mais n’y trouve
Que la métallique implacabilité
Des règles du combat.
A nouveau il défaille.
Cette obscurité va et vient.
Ses yeux se battent
S’éteignent,
Hagards.
Il se remet à tâtonner.
C’est le break
Heureusement.
Pourquoi l’adversaire n’a-t-il pas frappé ?
Si la lumière revient
S’il a suffisamment récupéré
Il se remettra debout.
Tentera de poursuivre.
Trouvera les ressources
Pour parvenir à croire
Qu’il peut gagner, encore.
Ne suffit-il pas d’un seul coup,
Fulgurant
Au moment où l’autre s’imagine
Qu’il a partie gagnée ?
Ne peut-il jouer l’esquive
Et placer, au bon moment
L’uppercut fatal ?
C’est possible.
Il peut régler ce combat.
Mais cela en vaut-il la peine ?
A-t-il encore envie d’y croire ?
Sa vie, sa santé
Ne valent-elles pas plus
Que ces quelques billets ?
Le sens du combat
S’est évaporé
Autre chose en lui s’est déchiré.
A quoi rime une victoire
S’il faut pour cela
Détruire et écraser ?
Il fixe son adversaire
Cherche son regard.
Lui adresse un sourire désolé.
A sa surprise, comme un soleil,
Une lumière lui revient.
La cloche tinte
Ils se lèvent.
Parfaitement synchronisés,
Comme s’ils s’étaient concertés,
Chacun, de son côté
Vient de jeter l’éponge.
La foule ne comprend rien.
Réclame un vainqueur.
Les boxeurs sont sortis.
Ensemble.
Soulagés.
D’un regard, se sont compris
Et vont désormais livrer
L’autre combat
Celui qu’on mène ensemble.
