Dans la lumière de l’atelier
Il médite devant la photo
D’une fille
Aux yeux dorés
Sur sa palette, il a étalé
En divers dégradés
Ses mélanges de couleurs
Des couleurs précises
Rigoureuses
Fidèles.
La toile grand format
Est arrimée au chevalet.
Dans l’appareil à musique
Un disque célèbre Mozart
Et dans son bol
Du café fumant
Anesthésie les senteurs
D’huile et de térébenthine.
Sur du papier à dessin
Furtivement, il a glissé
Quelques esquisses
Promesses d’une toile.
De deux coups de scalpel décidés,
Il taille ses crayons
Sur du papier à gros grain
En quelques traits de chirurgien
Il fait surgir
Les yeux.
S’éloigne
Prend du recul
Constate, dépité
Qu’il y manque
L’exquise expression de vie
Le charme espiègle et enjoliveur
L’âme.
Il le sait.
Sans la perfection du regard
Le meilleur dessin du monde
Prend le chemin
Des oubliettes.
Il ne s’agit pas de faire une toile
Ni même une bonne toile
Il s’agit de faire vibrer ce regard
De plonger dans son âme.
Dans son essence.
Ne pas transiger avec son art.
Retrouver la spontanéité de l’enfant
Du premier coup croquer son sujet
Et s’en aller vers d’autres jeux.
Obsédé par ce visage
Il éteint ses yeux.
Visualise leurs lèvres
Qui s’effleurent.
Revisite leurs corps
Qui dans leur nudité exquise
Se nouent et se dénouent
En un ballet de volupté.
Lorsqu’il ouvre ses paupières.
Ses doigts engourdis
En une fulgurance retrouvée
Se saisissent du pinceau
Le font virevolter
Et viennent coller sur la toile
L’éclat du sourire adoré.
Au monde entier
Il va pouvoir l’exposer.
