NOUVEAU TEXTE : DANS LES VAGUES (fable poétique)

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Il la regarde

La dévore. 

Quel est ce prodige,

Ce miracle qui lui parle

Lui sourit, le touche ? 

Qui est cette petite fille

Dont les yeux – immenses –

Semblent s’allonger

De seconde en seconde,

Dont le visage se fendille

De traits aussi délicats ?   

Pourquoi rit-elle ainsi,

Qu’y a-t-il d’aussi drôle ? 

D’où vient

Cette étrange boule dans son ventre

Dès qu’il la regarde ? 

D’où vient cette électricité,

Cette nervosité qui l’agite,

Lui fait dire, faire n’importe quoi,

Comme il a envie de la serrer dans ses bras,

Comme il voudrait la manger,

La lécher comme on lèche un glace,

Mettre ses mains dans ses mains.

Comme il voudrait l’embrasser

L’enduire de crème

La modeler comme on façonne un gâteau. 

Est-il vraiment trop petit pour ça ? 

La petite s’est approchée

Le gamin lui a souri, a touché sa main. 

Ils avancent vers les vagues

Vont entrer dans l’eau froide. 

Ils bavardent, piaillent.

Tout est si léger, si facile

Il voudrait

Que cela dure.

Cette magie électrique,

Ce soleil qui réchauffe les épaules,

Qui efface l’eau froide,

Ces yeux noisette

Qui le regardent,

Ce visage où se tracent

D’aussi jolis sourires,

Cette petite fossette qui lézarde ses joues

Illumine son menton

Ces mains qui l’agrippent

A chaque vague qui vient les soulever. 

Elle sera son amie

Les autres n’existent pas

Ennuyeux, lourds.

Elle légère, sautillante.  

Mystérieuse. 

Qui est-elle ? 

Que veut-elle ? 

Que pense-t-elle ?  

Pourquoi se sent-il aspiré

Par le gazouillis de cette voix

Qui gicle, source magique ?

Pourquoi est-il hypnotisé

Par son regard ? 

D’où vient cette impression de fondre

A son moindre coup d’œil ? 

Pourquoi n’est-il plus lui-même,

Agité par des fils invisibles

Soudain muet, frappé d’inertie ?

Cette voix l’ensorcèle

L’envoûte.

Voix de l’âme, de l’amour . 

Il ne faut pas, c’est trop tôt. 

Il n’a que dix ans. 

Il ne faut pas tomber déjà

Dans le gouffre d’amour

Le Niagara qui va l’écraser

Le broyer dans un tourbillon d’écume

Le fracasser sur les rochers de la vie

D’où vient cette perle ?

D’où sort-elle ? 

Qui l’a mise-là sur sa route ? 

Comment ne pas l’aimer ?

Comment ne pas glisser

La main dans son cou ?

Belle

Magique.

Son visage de lumière

Renvoie le feu. 

Ses longs cheveux

Qui n’en finissent pas.

Ses yeux brillants

Ses petites jambes toutes fines. 

Merveille des merveilles. 

Déposer un baiser sur sa joue

Tout doucement

Ou dans le creux de son cou

Oser.

Elle frémit.

Garde le silence.

Il caresse ses cheveux.

Une larme coule.

Il frissonne, ne dit rien.

Ne dira plus rien.

Vivre. 

Respirer.

Ne jamais oublier ce moment-là. 

Ne jamais oublier

Le courage de ce geste.

Cette seconde d’audace

Qui ouvre des galaxies. 

Toujours revenir à ce courage.

Faire taire cette voix

Qui brandit danger et chagrin.

Aller vers la fille.

Vers la vie.  

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