LE CHATEAU DE SABLE

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Sur la plage

Il a campé un château. 

L’a endigué de sable tiède. 

Il sait que son édifice résistera

Aux assauts incessants de la marée.  

Sauf s’il lui faut affronter

Cette marée du siècle

Qu’un adulte en panne de lumière

A insinuée en lui. 

Le petit veut défendre son domaine.

Il faut tenir aujourd’hui.

Demain,

Après-demain.

Jusqu’à la fin des vacances. 

Au moins…

L’eau se met à presser. 

Par vaguelettes

D’abord innocentes

D’apparence inoffensives

Mais incessantes. 

Fièrement, il campe dans l’enceinte

Confiant. 

Inlassablement, les vagues

S’écrasent

Poursuivent leur travail de sape

Puis se replient. 

Viennent.

Et reviennent.

Il s’agite.

Bouche les creux

Là où l’écume rageuse

Fait grimacer son rempart

Le grignote par la base

Le déborde. 

Il comble à gauche,

La droite se crevasse

Mais il n’en a cure. 

Reconstruit.

Et tient.

Jusqu’à ce que le soleil plonge

Et que l’océan

File vers sa dérive.

Soudain, par l’arrière

Les flots fissurent son rêve. 

D’un seul coup. 

Il tressaute. 

Avait négligé ce danger. 

S’imaginait, candide

Que tout péril

Surgirait de face. 

Son énergie se décuple alors. 

Il puise le sable dans sa citadelle. 

Qu’importe si la digue a flanché

Tant que le fort demeure

Tant que résiste le château.

Lorsque reflue le calme

Le mioche s’assied, rassuré,

Sur le donjon

Et médite vers la mer

Qui, au loin,

Lui tire sa révérence. 

Il se sent en paix

Seul sur la plage

Avec cet Océan

Dont il a pris la mesure. 

Demain il reprendra le combat,

Riche de forces plus vives encore. 

Il sait trop bien

Que la marée du siècle

Dévasterait son édifice

Mais faut-il pour cela éviter de lutter,

Fuir ou céder au danger ?

Ce péril,

Il l’a banni de ses pensées,

Voilà tout.

Ce soir, il n’existe pas. 

Ni demain, ni après-demain. 

Et lorsque le vrai danger surgira

Alors seulement

Il faudra y penser.

Du haut de la falaise

Un sombre adulte

Découvre avec dépit

Le marmot qui trône sur sa bâtisse,

Minuscule point d’exclamation

Suspendu sur l’immensité, tel une insulte. 

Il envie ce petit qui croit. 

Il sait très bien que rien n’excuse

D’éteindre la lumière dans ses yeux

Pas même l’expérience dont il se targue

Mais c’est plus fort que lui

Il faut qu’il mine, sape, casse l’enthousiasme

Brise l’élan de jeunesse

En étouffe la semence. 

Un instant

Il songe à féliciter le gamin

Mais ses pieds ne bronchent pas,

Enflés d’orgueil. 

Patiemment, il guettera

La débâcle annoncée à grands fracas. 

Demain peut-être,

Plus tard sûrement

Son jour viendra. 

Et il tourne le dos.

Le petit se sent fier de lui

Il a forgé sa vérité. 

Ni la défaite,

Ni la mort

Qui attendent et guettent,

Tapies et masquées

Sous l’apparence rassurante de sa jeunesse

Ne l’empêcheront, jour après nuit,

De repousser les frontières

De l’impossible. 

Jamais. 

Rien.  Ni personne.

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