Par la fenêtre de sa chambre
Une petite fille scrute
Une colline en noir et blanc.
Dans son regard
Des milliers d’étoiles dorées
Auraient dû s’éteindre
Mais ses yeux
Sont bien trop grands pour ça.
Sur un mur, la photo d’un homme
Un homme extraordinaire.
Qui aurait pu, aurait dû
Soulever sa vie.
Son tremplin.
La petite dessine sa colline
Regarde par la fenêtre
Rêve, s’évade.
Elle tente l’impossible
N’y parvient pas
Mais y croit
Très fort
Si fort
Elle ferme par moment les yeux.
Mais elle rêve tellement mieux
Les yeux ouverts.
Elle dessine une gamine
Qui gravit une colline.
La main de la fillette
Sur le dessin
Tient celle de l’homme de la photo.
Il ne la tire pas vers le sommet
Ils y vont ensemble
Naturellement.
Ils glissent dans la neige
Aspirés vers la pointe de la colline.
Leur ascension est évidente
Elastique.
Magnétique.
Elle regarde la photo, la colline
Puis fixe son dessin.
Ne parvient pas à reproduire le visage.
Elle voudrait tant qu’il la regarde
Comme sur la photo.
Ses yeux, son sourire.
Qu’il la regarde elle.
Elle veut le ranimer, le raviver
Mais avec elle
Sur le même dessin.
Ensemble
Sur le sentier de la colline.
Dans sa chambre,
Des myriades de songes
S’envolent.
C’est plus fort qu’elle.
Elle veut le faire.
Elle va le faire.
Alors, elle le fait.
Prend un crayon.
Jaune vif.
Au-dessus des épaules de l’homme
Dessine une boule jaune.
Y met en orange des yeux
Un nez, une bouche
Un sourire.
Et l’entoure
De rayons dorés.
S’en échappent
Des constellations de sourires.
La petite vient de comprendre
Que jamais, il ne fallait, il ne faudrait
Demander pourquoi.
Qu’il ne fallait pas chercher
Au loin le soleil
Que simplement, il fallait
Le prendre par la main.
Que le soleil était en elle.
Qu’elle était le soleil.
Serait le soleil.
Toujours.
Et qu’elle brillerait
De tous ses sourires.
Que c’était tout ce qu’elle serait.
Infiniment.
Elle regardera longtemps encore
Son dessin ce jour-là
Loin au-delà du crépuscule.
Jusqu’au moment où la nuit devient noire
S’enfonce autour de la lune
Et où peu à peu les étoiles vont s’allumer.
Illuminer son âme.
Faire briller ses yeux
Et réchauffer son coeur de mille feux.
A la vitesse d’un étoile
Elle vient de traverser sa vie.
Puis elle cachera son dessin.
A jamais.
Mais elle sait déjà
Qu’à chaque fois qu’elle le désirera, Elle pourra le toucher.
